Petite réflexion sociétale à partir d’une vidéo courte :
Avis après visionnage ?
1) Vie du quotidien, il vaut mieux ne pas se poser trop de question sur les autres au risque de fausses interprétations
2) Les gens doivent demander de l’aide s’ils ne vont pas bien. Il est normal que les gens passent.
3) C’est super qu’une femme généreuse intervienne pour l’aider, le monde est beau !
AUCUNE de ces réponses ne correspond à mon éthique. Il y a une femme normale sur cette vidéo et une centaine d’égoïste, c’est tout ce qu’on voit. Il n’y a rien d’héroïque à aider des gens en difficulté sous nos yeux. Demander si « ça va », prend quelques secondes.
Cela ne demande aucun courage, juste du cœur et a priori on en est tous pourvu.
Mes expériences, mon choix de vie sur le sujet
Au lycée, je me suis faite agressée par des ados au fond d’un bus, j’ai eu peur pendant 1h de trajet, mais j’ai fait croire que j’étais sûre de moi et que leur méchanceté et allusions déplacées me faisaient rire. Il y avait un « copain » de classe deux sièges plus loin. Le lendemain, il m’a demandé si ça allait, reconnaissant qu’il n’avait pas osé intervenir car il avait eu peur (et moi donc ?).
Après, on s’habitue : du collège à aujourd’hui, j’ai toujours vu que je devrais être seule en cas d’agression, cela m’a permis de travailler ma confiance en moi, et d’acquérir une bonne répartie. D’autres auraient entamé une phobie sociale. et ce que j’ai vécu n’a rien d’extraordinaire, tout le monde a vécu pareil ou pire dans sa vie.
Quand j’avais 15 ans, j’avais une amie belle et charismatique qui me racontait intervenir dès qu’elle voyait une injustice dans la rue. Cela m’a beaucoup inspiré, en me disant que, quitte à lui ressembler, autant commencer par ses qualités morales, ce serait plus enrichissant que l’apparence.
Mais l’inspiration aurait pu venir de n’importe quel personnage de série ou de film… A quoi bon admirer des personnages courageux sur écrans si c’est pour avoir des réactions de lâches dans la vraie vie ? Je pense d’ailleurs qu’on peut orienter les petites filles qui veulent jouer à la princesse, et les garçons au cowboy : leur expliquer que l’essentiel, c’est d’acquérir les valeurs nobles de justice, et de générosité des héros qu’ils affectionnent, plutôt que leur accoutrement en satin étoilé.
A la fac, 3h de transport par jour, j’avais décidé que je ferais partie « des gens normaux », ceux qui s’interposent quand une fille se fait insulter par un alcoolique; qui fait la bise à une étudiante inconnue qui se fait harceler par un type étrange ( pour faire croire que je la connais et faire diversion), de calmer par une colère saine des hommes qui insultent d’autres personnes ou draguent de manière abusive ; de proposer de l’aide aux aveugles et aux gens âgées. Il est arrivé assez rarement qu’on m’insulte ou me lance des objets en retour, en général j’ai toujours réussi à maitriser la situation et à calmer le jeu.
Parfois, des témoins venaient me voir après coup en me disant que j’étais vraiment « courageuse », « qu’il faudrait plus de gens comme moi », je répondais que c’était simplement normal et je le pense toujours.
Ceux qui n’interviennent pas pourraient être punissables de non assistance à personne en danger. Ce sont parfois ceux qui vont filmer en disant : « j’ai tout vu, j’ai filmé l’agression » ou ceux qui ont de « belles idées » dans les paroles et rien dans les faits.
Je ne pourrais pas dormir si j’avais cette attitude. Je préfère encore finir à l’hosto, mais la conscience intacte.
Albert Einstein disait : « Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire.«
J’ai rarement rencontré des gens normaux quand j’avais un problème. Quelques exemples :
J’ai fait une grosse crise d’asthme, sur un banc avec des passants qui me regardaient m’étouffer avec méfiance. On était à 100 mètres des urgences pour demander un médecin… j’ai geré car, par chance j’ai réussi à vider mon sac pour utiliser min inhalateur.
Un jour j’ai fait une chute en vélo, « le soleil », chute par dessus le guidon, face sur le goudron sur une route passante, sans visibilité. La dame à l’arrêt de bus m’a regardé puis a tourné le regard, j’ai pu me relever en boitant, ensanglantée, j’ai évité de me faire écraser par le bus que cette dame attendait à quelques secondes près.
Cela se passait dans des gares, des lieux publics fréquentés : je m’effondrais au sol de douleur à cause d’un ex conjoint violent qui m’insultait et me poussait devant tout le monde, en riant. (une fois au bord d’un lac, j’ai cru qu’il allait me noyer devant les pêcheurs indifférents) PERSONNE pour me relever, pour me demander si j’avais besoin d’aide.
Un soir à un arrêt de bus, un homme drogué a commencé à me prendre la main et à emmener dans une ruelle en disant (fort en plus), « Viens, je vais te violer. ». Les gens de l’arrêt de bus n’ont jamais autant écouté leur musique, en s’éloignant de quelques mètres de moi. Je me suis mise dans une colère noire en lui disant que son attitude était inadmissible et qu’il lui était interdit de redire cela à quelqu’un. La seule chose que je regrette, c’est de ne pas avoir insulté les gens autour pour complaisance. Je suis rentrée chez moi dépitée en repensant, non pas au détraqué mais aux gens indifférents. Il y avait beaucoup d’hommes de mon âge en plus à l’arrêt de bus, des gros lâches.
Ah, et la « solidarité féminine » ! Ces collègues de fac qui ne me proposaient que très rarement de dormir chez elles si on finissait très tard les cours, même si je proposais une compensation financière… Pas de proches non plus pour venir me chercher.
Quand j’étais assistante de français en Angleterre, je servais de « psychologue » à l’une des assistantes françaises. Ce soir là, elle m’avait invité pour dormir, sauf qu’à minuit, après m’avoir utilisé comme poubelle émotionnelle toute la soirée, elle m’a informé que « finalement, elle avait envie de faire un Skyppe avec sa mère et que je devais rentrer chez moi ».
Yeovil, ville qui craint de réputation (les élèves me racontaient des faits divers chaque semaine), un vendredi soir : plus d’un kilomètre à parcourir en ville puis une partie dans une forêt non éclairée avant d’arriver chez moi. Je vous la fais en mille, je me suis faite accostée par des dealers, je me suis enfuis en courant et en priant d’arriver chez moi. Le lendemain, quand mon coloc anglais a su, il m’a traité d’inconsciente d’être rentrée à cette heure.
Je vais citer un cas où j’ai rencontré un humain sympa, histoire de détendre un peu l’ambiance : à la fac, je devais dormir chez quelqu’un, mais impossible de me souvenir du digicode pour rentrer. Son téléphone était éteint, j’étais dans la rue à 2h du matin. J’étais épuisée et songeais déjà dormir sur un banc. Il y avait une soirée pas loin avec des jeunes de mon âge. Un garçon est venu me demander si j’avais besoin d’aide. J’ai expliqué. Il s’est démené pour convaincre ses potes de me faire rentrer pour que je dorme. Il n’a pas réussi : moi, avec mon jean et ma tête d’enfant de cœur, les filles de la soirée (infirmières) ont considéré que j’étais « louche » et ont refusé que je mette un seul pied à l’intérieur (il faisait très froid). Le gars a renoncé à sa soirée, pour la passer avec moi, dans le couloir de l’immeuble. On a parlé, il m’a dit être déçu de l’attitude de ses amis, m’a apporté à manger et à boire, pas de la séduction, juste de l’altruisme. J’ai pu rentrer avec le premier bus du matin vers 4h, dans un état d’épuisement total.
Depuis la maladie, des situations comme la vidéo, j’en ai vécu à la pelle : ne plus arriver à avancer. De l’aide ? RIRE ! On se débrouille en tremblant oui : il est même arrivé qu’on m’enjambe alors que je faisais un malaise !
L’hiver dernier, à court de batterie, j’ai demandé un simple texto à 5 femmes à un arrêt de bus en expliquant que j’avais besoin que quelqu’un vienne me chercher car « j’ai des problèmes de cœur, je ne peux pas marcher longtemps ». Elles ont toutes trouvé une excuse bidon ! J’ai réellement dû rentrer à pied en me trainant, tout cela parce que personne n’a voulu envoyer un texto pour moi !
Autre exemple : j’étais bénévole dans un Emmaüs. Beaucoup de personnes bénévoles que je pensais très altruistes. J’étais, a priori appréciée et pas la dernière à soutenir les autres. Quand j’ai annoncé ma maladie et incapacité à aider à nouveau : plus personne. Silence radio. Au bout d’un an, 2 dames m’ont envoyé un cadeau, mais pas d’action groupée. Je me suis rendue dans les locaux un jour de vente mais les bénévoles ne me disaient pas bonjour : avec la chaleur, j’ai commencé un malaise dans l’indifférence générale, je suis sortie en titubant sans l’aide de personne.
Explication scientifique de l’inaction :
Je n’ai pas vécu dans les pires endroits de France, j’entends qu’on peut devenir passif à force de côtoyer l’indifférence à cause de trop de violence. J’ai du mal à justifier tout cela, mais on peut tenter d’expliquer :
– la peur : les hormones de la peur peuvent donner la force de combattre ou de fuir. Comme par hasard, la majorité des gens ont des hormones qui agissent sur la fuite en enfonçant leurs écouteurs et en partant ? Étrange, car quand on leur vole leur téléphone, les gens courent pour le récupérer pourtant. Ils sont donc capable de bouger quand cela les concerne.
-« Cette apathie est due à un phénomène psycho-social nommé «effet spectateur». Il stipule que le comportement d’aide naturel de l’humain se trouve inhibé si d’autres personnes sont présentes. » « si plusieurs témoins sont présents, la part de responsabilité est réduite, car partagée par chacun d’entre eux : autrement dit, « pourquoi moi plutôt qu’un autre ? ». Chacun estimera ainsi que les autres peuvent réagir. » Sources : https://www.psychologue.net/articles/pourquoi-personne-na-empeche-cette-agression-comprendre-leffet-spectateur
« Si on comprend les mécanismes de l’absence d’intervention, comment expliquer alors que des personnes aient le courage de s’interposer ? Quand quelqu’un décide de venir en aide à une victime, c’est que les valeurs qu’il a en lui sont plus fortes que la peur. L’attachement à la justice, à la solidarité … sont ancrées chez certaines personnes. Parce qu’elles ont été éduquées dans ce sens ou parce qu’elles ont une profession qui les pousse à ça. Dans les agressions, il n’est pas rare que les défenseurs de la victime soient des militaires ou des policiers. » Sources : https://www.europe1.fr/societe/Agressions-pourquoi-les-temoins-n-interviennent-pas-688422
Je ne suis pas du tout d’accord avec son explication qui justifie presque la cruauté de non action.
Donc, non, qu’on ne vienne pas ma parler de pseudo « phénomène psycho-social » dont les témoins « pétrifiés » sont « victimes ». Je ne suis pas sur-humaine pour avoir dépassé mes peurs. Les gens n’ont pas de problèmes pour regarder des films d’horreur ou pratiquer des sports à risque, donc ils savent contrôler leurs hormones du stress.
Depuis ma maladie, je n’ai pas laissé passer d’injustice, pourtant cela épuise totalement mon corps de gérer un conflit : j’ai repris un homme (modèle basketteur menaçant ) qui se garait sans respecter la voiture devant lui (mes « proches » m’ont laissé seule sans m’épauler, j’étais à 2 mètres de lui), j’ai repris un directeur qui humiliait son employée (j’ai demandé un entretien seul à seule et je n’ai pas mâché mes mots et j’ai terminé en le motivant de se mettre au management bienveillant), j’ai repris fermement une dame qui commençait à m’insulter moi et ma famille pour la remettre en place (mes « proches » sont partis quand j’ai commencé à répondre, chose que j’ai repris par la suite )
Pour que le monde change, parlez de tout cela à votre entourage… On peut tous contribuer à rendre notre monde meilleur par nos actions !
Aller plus loin :
Cette vidéo très méritante décrit comment on pense quand on est dans l’inaction de l’effet spectateur : à partager au maximum : https://www.youtube.com/watch?v=cb8bRaZjyq8&ab_channel=SouleymaneFanny
Et ici la théorie pour se soigner de cette passivité : https://www.youtube.com/watch?v=gJcB1PZ6JEw&ab_channel=coline
Une interview d’une psychologue chargée de mission à l’Inavem (fédération nationale d’aide aux victimes et de médiation) et directrice de Paris Aide aux Victimes pour tenter de comprendre l’inaction.
Comment gérer le harcèlement de rue ?
Un site de psychologue : https://www.psychologue.net/articles/comment-faire-face-au-harcelement-de-rue
Un site de self défense : https://www.academie-grenobloise-de-sambo-defense.fr/accueil/conseils-face-a-une-agression/
